Rencontres
Evénement
- Titre:
- Les images du Nouveau Roman
- Quand:
- 11.02.2010 20.00 h
- Catégorie:
- Rencontres
Description
Jean-Philippe Toussaint et Benoît Peeters présentent et commentent des films de et sur Alain Robbe-Grillet. Rencontre animée par Laurent Demoulin (professeur de littérature à l'Université de Liège).
Jean-Philippe Toussaint
Né le 29 Novembre 1957 à Bruxelles, Jean-Philippe Toussaint est un écrivain belge de langue française, auteur de neuf romans tous parus aux Editions de Minuit.
Il étudie à Paris où il obtient, en 1978, un Diplôme de l'Institut des Sciences Politiques et, un an plus tard, un Diplôme d'Etudes Approfondies en Histoire contemporaine. Enseignant dans un lycée en Algérie entre 1982 et 1984, il commence à écrire et, en 1985, publie son premier roman, intitulé La salle de bain, qui remporte un franc succès. Depuis, grâce à son style épuré, minimaliste, son ton narquois et désinvolte, Toussaint occupe une place de choix parmi les écrivains contemporains. Ses romans sont traduits dans une vingtaine de langues.
Il a fait paraître : Monsieur (1986), L'appareil photo (1988), La réticence (1991), La télévision (1997), Autoportrait (à l'étranger) (2000), Faire l'amour (2002), Fuir (2005), La mélancolie de Zidane (2006).
Parallèlement à sa carrière d'auteur, qui de résidences - notamment au Japon - en conférences et lectures publiques, l'amène à parcourir le monde, Toussaint, cinéphile averti, coadapte avec John Lvoff La salle de bain pour le cinéma (1987). Il collabore au film de Torsten Fischer Berlin 10 heures 46 (1994) avant de passer à la réalisation avec Monsieur (1989), La Sévillane (1992) et La Patinoire (1999).
Ses recherches artistiques le conduisent aux arts plastiques et à la photographie : depuis 2000 , il expose régulièrement en Europe (Belgique, France) et au Japon.
Jean-Philippe Toussaint est aussi l'auteur d'articles et de textes courts parus dans la presse quotidienne (Libération, notamment) ou des revues en ligne (bon-a-tirer.com).
Prix Médicis en 2005 pour son huitième roman : Fuir.
Prix Décembre 2009 pour son roman: La Vérité sur Marie.
Benoît Peeters
Benoît Peeters est né à Paris le 28 août 1956. Après une licence de philosophie à la Sorbonne, il a préparé le diplôme de l’École pratique des Hautes Études sous la direction de Roland Barthes. C'est aussi à cette époque qu'il rencontre Alain Robbe-Grillet, au colloque de Cerisy qui lui est consacré.
Il publie son premier roman, Omnibus, biographie imaginaire de Claude Simon, en 1976 aux éditions de Minuit, et se consacre entièrement à l’écriture à partir de 1982, multipliant les travaux dans les domaines du scénario, de la critique, de l’édition et de la conception d’expositions.
Spécialiste d’Hergé, il a publié trois ouvrages qui sont devenus des classiques Le Monde d’Hergé (Casterman), Hergé, fils de Tintin (Flammarion) et Lire Tintin – les bijoux ravis (Les Impressions Nouvelles). Théoricien et critique, il est aussi l’auteur de nombreux essais sur la bande dessinée, le scénario et l’écriture en collaboration, mais aussi sur Hitchcock, Paul Valéry et Nadar.
Depuis 1983, il développe avec son ami d'enfance François Schuiten la série Les Cités obscures. Quinze albums, alternant bandes dessinées, récits illustrés et DVD sont parus depuis 1983 aux éditions Casterman. Ils ont obtenu de nombreux prix et ont été traduits dans une dizaine de langues.
Passionné par le récit sous toutes ses formes, et les rapports du texte et de l’image, Benoît Peeters a collaboré aussi avec d’autres dessinateurs (Alain Goffin, Anne Baltus, Frédéric Boilet), une photographe (Marie-Françoise Plissart), des musiciens (Didier Denis, Bruno Letort) et des cinéastes (Raoul Ruiz, Jaco Van Dormael).
Il a réalisé trois courts métrages, de nombreux documentaires et un long métrage, Le dernier plan.
Depuis 2001, il dirige Les Impressions Nouvelles. C'est là qu'ont été édités, sous forme de DVD, les grands entretiens filmés qu'il a réalisés avec Alain Robbe-Grillet.
Très proche d'Alain Robbe-Grillet, Benoît Peeters nous autorise à publier ci-dessous deux de ses textes d'hommage écrits peu après sa mort.
Quelques images qui me reviennent…
Alain au colloque de Cerisy qui lui était consacré, en juillet 1975. Trônant dans un fauteuil derrière le conférencier, il adressait des clins d’œil réguliers au public massé dans la bibliothèque ou interrompait l’orateur d’un goguenard : « Mais non, Machin, elle existe vraiment la maison de La Jalousie. »
Alain la même année, observant le visage maigre et grave d’un des camarades qui m’accompagnait : « Je pourrai même dire qu’il y avait Kafka à mon colloque, mais que c’était Kafka enfant. »
Alain en promenade, interrompant les conversations littéraires pour attirer notre attention sur un arbre ou une plante, l’appelant d’un nom savant que nous nous empressions d’oublier.
Alain nous accueillant à l’improviste, mon ami Jean-Christophe et moi, dans son minuscule bureau des éditions de Minuit, le lendemain de la parution de Topologie d’une cité fantôme. Alain écoutant nos avis comme s’ils étaient les plus importants du monde.
Alain à l’IMEC, refusant qu’on marque les dossiers contenant ses archives des trois premières consonnes de son nom – RBB – et demandant qu’on y inscrive ARG, comme il l’avait toujours fait.
Alain visionnant nos entretiens filmés, à Bruxelles, et opinant de la tête chaque fois que ses propos lui plaisaient. Alain insistant pour que je coupe ma dernière intervention à la fin d’un échange sur Les Gommes. « Tu comprends, m’expliqua-t-il, on dirait que tu as le dernier mot. »
Alain et sa prodigieuse mémoire des textes, sa capacité à réciter au pied levé des pages entières de Flaubert ou de Barthes, de Victor Hugo ou d’André Breton – et l’article premier du Code Général des Impôts.
Alain ironisant sur Stendhal qui disait qu’on le comprendrait dans cinquante ans. « Quelle modestie ! Moi, c’est dans trois siècles qu’on commencera à saisir ce qu’il y avait dans cette grande œuvre. »
Alain parlant de ses « petits travaux ».
Alain et ses films – qu’on redécouvrira. Le visage de Françoise Brion dans L’Immortelle. La course de Trintignant au début de L’Homme qui ment. La grâce adolescente d’Anicée Alvina.
L’appétit d’Alain. Son appétit de manger et de boire. Son envie d’être centenaire – « pour les emmerder jusqu’au bout ».
Le rire d’Alain, sa belle voix grave, son bégaiement parfois.
Alain et Catherine – sa soudaine douceur quand il se mettait à parler d’elle.
Je termine en le citant :
« Je suis seul ici, maintenant, bien à l’abri. Dehors il pleut, dehors on marche sous la pluie en courbant la tête, s’abritant les yeux d’une main tout en regardant quand même devant soi, à quelques mètres devant soi, quelques mètres d'asphalte mouillé ; dehors il fait froid, le vent souffle entre les branches noires dénudées… »
Benoît Peeters
Ardenne, 22 février 2008.
Quelques images d’Alain Robbe-Grillet
Il comptait bien devenir centenaire, m’avait-il dit alors qu’on célébrait ses 80 ans. Mais ce n’était nullement pour s’assagir et prendre la pose du vieillard apaisé. Il rêvait de provoquer mieux encore : il n’aura pas eu cette chance.
J’avais commencé à le lire à 15 ou 16 ans. Des romans comme Le Voyeur ou Dans le Labyrinthe me résistaient ; Pour un Nouveau Roman m’excitait. L’année de mes 18 ans, je me suis immergé dans son œuvre avec passion. J’admirais ses audaces, sa force d’invention, sa capacité à se remettre en question d’un livre à l’autre. Il est l’un de ceux qui m’a le plus donné envie d’écrire, et c’est à lui, sans trop de vergogne, que j’ai adressé mon premier texte. Quelques jours plus tard, je l’ai rencontré pour la première fois dans son minuscule bureau de la rue Bernard-Palissy : il m’intimidait au plus haut point, ce qui l’amusait beaucoup.
Robbe-Grillet jouait volontiers les dragons ou les démons. Dans Pour un Nouveau roman, il avait lancé une série d’anathèmes aussi efficaces que simplificateurs : le récit et le personnage étaient morts, tout comme la Nature, l’humanisme et la tragédie auxquels il réglait leur compte en quelques pages. Mais si pour certains de ses contemporains Robbe-Grillet incarna la violence des interdits, j’ai personnellement trouvé en lui un homme d’ouverture et de curiosité.
Un élément a joué un rôle essentiel dans ma perception de ce que nous appelions alors la « modernité » : les colloques de Cerisy-la-Salle et singulièrement celui qui lui fut consacré en juillet 1975. Ces dix jours virent se confronter et s’affronter, dans un mélange indissociable de théâtre et de théorie, l’étonnant directeur de colloque qu’était Jean Ricardou et le vivant objet d’étude qu’était Alain Robbe-Grillet. Trônant dans un fauteuil derrière le conférencier, l’auteur de L’Année dernière à Marienbad adressait des clins d’œil réguliers au public qui se pressait dans la bibliothèque ou interrompait l’orateur d’un goguenard : « Mais non, Machin, elle existe vraiment la maison de La Jalousie. »
Si Robbe-Grillet jouait, non sans un plaisir pervers, avec les discours qui se tenaient à propos de son œuvre, il savait aussi se montrer accessible aux jeunes gens que nous étions. Il insistait pour que nous lui gardions une place à table, « loin des raseurs » nous disait-il, ou pour que nous l’accompagnions en promenade. Tandis que nous marchions, se souvenant qu’il était ingénieur agronome, il interrompait les conversations littéraires pour attirer notre attention sur un arbre ou une plante, l’appelant d’un nom savant que nous nous empressions d’oublier.
Le paradoxe, c’est qu’on ne cessait alors de parler de la « mort de l’Auteur » et qu’il était là, lui, dans une présence rayonnante : l’Auteur dans toute sa splendeur.
Nous nous sommes revus de loin en loin. J’ai continué à le lire. Et c’est en 2002, alors qu’approchait son quatre-vingtième anniversaire, que j’ai eu envie de réaliser de grands entretiens filmés avec lui. Il accepta aussitôt. Ces « jeux de mémoire », comme nous les appelions, furent tournés dans cette Normandie qu’il aimait, à l’abbaye d’Ardenne où il avait déposé toutes les archives de sa vie et de son œuvre : photos, manuscrits, extraits de presse, correspondances… Nous baignions littéralement dans son univers. Remarquable conteur (malgré la réputation de sévérité du Nouveau Roman et les oukases prononcés dans ses premiers essais), Robbe-Grillet n’était pas un interlocuteur facile. L’entretien prenait souvent les allures d’une rixe, et il m’arrivait de redevenir l’étudiant timide que j’étais lors de notre première rencontre. Je le revois dans notre petite salle de montage, insistant pour couper ma dernière intervention à la fin d’une séquence. « Tu comprends, finit-il par expliquer, on dirait que tu as le dernier mot. » Je le lui laissai bien volontiers.
Son rire et ses provocations me manquent déjà. Ses livres continueront longtemps à m’accompagner.
18 février 2008.
Texte paru dans Le Soir du 19 février.
Prix: €5/4
Org: Entrez Lire, M. Santandrea
Lieu
- Venue:
- Passa Porta - Site internet
- Route/rue:
- Rue Antoine Dansaert 46
- Code postal:
- 1000
- Localité/ville:
- Bruxelles
- Pays:
-
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